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Poésies et contes

Publié le 29 Septembre 2013 par Le blog poétique de Lazou

A l’historien

« L’historien est un prophète qui regarde en arrière. »

Heinrich Heine

  1. Il avait cru, un beau jour, deviner des événements terribles,

Et son seul tort fut de le dire,

A des gens qui le traitèrent de fou.

On voulu l’empêcher de penser l’avenir

Quand il savait avoir raison

On lui donna des poisons

Pour l’empêcher de mourir

Quant aux maux dont il avait eu vision

-Ceux des temps à venir-

On les enferma dans sa tête

Dans sa tête

Et il pensait :

L’enfer me ment

Comme un flash, un éclair, comme une guerre

Puis on lui dit : tu as prévu cela

Mais tu t’es trompé de sept ans

Mais qu’est-ce que sept ans au regard du temps ?

Pensait-il

Même à l’égard de l’Histoire,

Sept ans ce n’est pas tant

A l’égard du temps,

Cela dépend.

Et les braves gens de murmurer :

Il avait tant raison qu’on l’a traité de fou

Il annonçait ce flash, cet éclair dans le temps

Et à présent serons-nous passibles du feu de la géhenne ?

Et un fou, c’est celui qui perd tout d’un coup !

Sauf la vérité, le vent et l’eau

Aucune vérité n’est-elle bonne à dire ?

Quand il s’agit d’anarchie

Quant aux hiérarchies.

Eux disaient : cela existera toujours !

Mais que veut dire : toujours

Au regard du soleil- et de sa tâche ?

Lui qui avait tant aimé les blagues de potaches

Ils le livrèrent aux soins de savants éminents

Qui pensaient connaître leur sujet

Eux non plus ne savaient rien

Voilà que maintenant ils mangeaient

Les travaux de leurs mains

Avec des fantômes.

Leurs mains qui ne leur servaient qu’à récolter la dîme.

Leurs mains qui ne pouvaient enlever les poutres dans leurs yeux

Leurs mains qui ne leur servaient qu’à faucher

L’énergie aux « voleurs de feu ».

Au-delà des colères des braves gens

Gisait ici-bas l’humanisme

Dans son catafalque de pierre

De cela, il ne restait plus rien.

Alors bien grande fut sa peine

Tant que ses yeux n’arrivaient plus qu’à voir

Un avenir bien fragile.

  1. Un autre jour, il leur dit :

« Non ! l’avenir n’est pas radieux !

Combien d’êtres humains tués

Par l’œuvre d’un seul homme odieux ? »

Et sa peine était grande,

Et si profonde, et incomprise,

Que de larmes il n’en pouvait plus verser.

Mais leurs reproches semblaient grandioses,

Et si logiques, tout en symbiose

Avec leurs idées paresseuses

Qu’on l’écarta enfin des doux plaisirs terrestres.

  1. Au nom de la vie

On se permettait tout

Que vivent les vivants

Que chauds soient leurs gosiers.

Ils voulaient qu’il se freine

Qu’il se freine, qu’il se freine

Et qu’il se déprécie

Et que son visage dise les mimiques

De la dépréciation

De ceux qui ont presque tout perdu ;

Car dans sa vie se mirait sa vérité

Sans un grand V-qu’importe !

Combien de jugements pour une seule vérité ?

Ils le rendirent malheureux

En coupant ses rosiers

Il se permit alors de leur offrir ses intimes pensées

Avec des mots simples.

Rien qu’une offrande.

Eux ne purent comprendre.

Alors ils le haïrent

Avec leurs pensées perverses

Comme celles des hommes ;

Ils l’autorisèrent toutefois à vivre

Comme un clown triste et reclus.

Or le pardon n’était définitivement plus son problème.

Puisqu’ils s’étaient tout permis en sa débile présence.

Et la nuit tombait,

Caressant doucement les grands arbres

Et leurs feuillages

Et puis le jour lui succédait.

On lui demanda :

Qu’as-tu de visionnaire ?

De révolutionnaire ?

Et les bonnes gens de continuer à le haïr…

En silence, sans le lui dire.

Pourtant, certains aimaient sa compagnie,

Et les braves gens croyaient toujours

Que le sublime résidait dans l’excès.

Combien de malentendus

Pour une parole comprise ?

Eux ne le savaient plus.

A quoi le pardon peut-il bien servir,

Lorsque la vengeance paraît exponentielle ?

« Seuls les pauvres me pleureront »

Pressentait-il.

  1. Et eux pensaient qu’ils l’enterreraient bien

Tandis qu’ils croyaient vivre au ciel !

Ils se regardaient tous les matins

Dans un miroir patiné

Mais ils n’aimaient pas cette image

Qui leur ressemblait si peu-pensaient-ils.

Et le fantôme de Pissaro et tout son or

Dansaient, chaque nuit-dans leurs cœurs :

De Vespucci ou de Colomb,

Qui avait péché le premier ?

Les gens disaient en cœur :

Que vive le progrès !

Pourvu qu’il assouvisse

Nos bien tendres désirs ;

Eux retenaient leur souffle

Lui retenait ses larmes.

  1. Il paraissait que la science

Transformait-sinon le plomb en or,

Du moins la souffrance en profondeur.

Et, d’heurt en heurt

La grande naïveté

Fauchait la tempérance.

Le prophète-brisé, leur répondit alors :

« Pourrez-vous jamais tempérer vos outrances ?

Car entre le plomb et l’or,

Il reste la littérature

Comme de la confiture ;

Et le grand mensonge de l’art,

Comme un vide qui ne sera jamais comblé ! »

  1. Alors arrivèrent les juges

Intègres comme des hommes justes

Du moins le croyaient-ils…

Et demandèrent à l’homme

Qu’ils soupçonnaient prophète :

« D’où tiens-tu tous tes dires ?

De qui es-tu disciple ? »

Et le silence se fit

Comme en une grande nuit froide.

Ce silence avait la rage

Non pas d’eux, mais de lui

Alors leurs paroles le frappèrent

Leurs actions le maudirent.

Et puis on lui tança :

« Arrête tes jérémiades !

Tu te plains bien d’un sort

Que tu as mérité ! »

« Mais la vérité n’était pas dans leur bouche »…

Lui, ne disait plus rien, obligé de rester,

Eux riaient aux éclats,

Ils lui lancèrent : « tu nous dégoûtes !

Qu’as-tu de plus que nous ?

De l’esprit ? Peut-être !

Mais regarde ton corps,

Grossier et putrescible ! »

Lui ne répondait plus rien,

Alors ils le laissèrent partir.

Et sa colère paraissait le début

D’événements bouleversants.

Et leurs ricanements, tandis qu’il s’éloignait

Etaient comme des coups d’épée dans l’eau.

Alors, des drames nouveaux-et inconnus

Les frappèrent tous.

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Publié le 20 Août 2013 par Le blog poétique de Lazou

La boîte volée

Il était une fois, il y a plusieurs siècles, un pilleur de trésor qui avait rapporté un objet volé par ses soins. Il s'agissait d'une très belle petite boîte ronde en or et ivoire. Revenu dans sa patrie, ce voleur, rêvant de gloire, de fortune et de reconnaissance, vit le succès lui sourire. En effet, il gagna subitement beaucoup d'argent grâce aux divers objets volés qu’il vendait. Il se fit également de nombreux nouveaux amis, curieux de voir cet homme posséder tant d'objets rares et précieux. Sa réputation gagna tant en importance dans tout le pays, que cela lui procurait beaucoup de joie et de bonheur.

Au bout d'un certain temps de cette vie de prospérité, le pilleur de trésor s'aperçut un jour que sa petite boîte en ivoire et en or avait hélas disparu. Depuis qu'il l’avait volée dans une tombe ancienne, il n'avait jamais voulu la vendre, car il s'était rendu compte qu'elle lui portait chance. Tous ses rêves les plus chers s'étaient réalisés. Et il pensait sans cesse :

« - Quel malheur ! Où ma boîte, laquelle était comme un talisman pour moi, se trouve-t-elle à présent ? Où ai-je bien pu l’égarer ? À moins qu'on ne me l’ait volée ? »

Et le pilleur de tombe, qui jouissait d'une grande renommée d'antiquaire, de nombreux amis, de beaucoup d'argent, tomba alors rapidement malade. Il fut donc obligé d'abandonner ses activités d'antiquaire et ses nombreux amis le laissèrent tomber peu à peu, les uns après les autres. Il sombra alors bientôt dans la misère, d'autant plus que les recherches qu'il avait entreprises pour retrouver sa boîte lui avaient coûtées beaucoup d'argent !

Un jour, un savant vint voir le voleur, devenu misérable, et lui dit :

« - Savez-vous qu'un navire avec plusieurs personnes à son bord a coulé au large de nos côtes, et qu'une cargaison d'objets volés, parmi lesquels votre précieuse boîte, ont également disparu, sans qu'il soit possible de les récupérer ? »

À ces mots, le pilleur de trésor sombra alors mystérieusement dans la folie. Désespéré, découragé, misérable et malade, il ne se doutait pas que le savant lui avait menti. Celui-ci avait en effet lui-même volé l'objet à l'antiquaire voleur, et avait en outre percé le secret du pouvoir de la boîte en or et en ivoire, grâce à ses lectures, et s'était donc accaparé l'objet, en espérant que celui-ci lui accorderait la réalisation de ses souhaits les plus chers.

Le savant, qui avait donc inventé la nouvelle du naufrage pour légitimer son larcin, possédait à son tour la fameuse boîte. Et effectivement, tout commença à lui réussir. Ses travaux érudits dépassèrent alors ceux de ses concurrents, il jouissait d'une reconnaissance sociale et professionnelle sans égales dans tout le pays. Il disposait également d'un traitement très honorable, car il avait été nommé haut-fonctionnaire par le roi en personne.

Mais un jour, étrangement, la maison du savant pris feu et fut entièrement détruite par cet incendie. Le savant, gravement blessé, eut la vie sauve, mais fut tout de même transporté en grande hâte à l'hôpital de la ville où il vivait. Dans sa chambre, et malgré ses brûlures et ses atroces souffrances, il pensait très souvent au pilleur de tombe devenu fou. L'état du savant alla cependant en s'améliorant, mais les médecins lui dirent :

« - Vous allez mieux, monsieur le haut fonctionnaire, mais sachez que vous mettrez beaucoup de temps à vous remettre de l'incendie de votre maison, et que vous en garderez des séquelles à vie. Néanmoins, votre vie est sauve et c'est cela le plus important. »

Et le savant ne cessait de penser :

« - La boîte en or et ivoire est à jamais détruite, et ma réussite sociale et financière avec ! Ah, quelle misère. »

Mais, pendant ce temps, un pompier, qui nettoyait les décombres de la maison du savant, trouva l'objet intact. Dans un premier temps, il le garda, le trouvant très beau, et pensant que cette boîte lui procurait beaucoup d'énergie positive. Le savant, quant à lui, pensait toujours à sa maison et à ses travaux partis en fumée, et se disait à lui-même, rongé de remords pour le sort du pilleur de trésor, devenu fou :

« - Si seulement je ne lui avais pas menti au sujet de la boîte ! Maintenant celle-ci est perdue à jamais. Mais au moins, outre les multiples avantages qu'elle pouvait procurer à son détenteur, elle ne pourra plus faire de mal à quiconque l’égarerait, ou se la ferait subtiliser. Au moins la chaîne maléfique est brisée. »

Un beau jour, le pompier, honnête, alla à l'hôpital rendre l'objet au savant, lequel, dès qu'il fut quelque peu rétabli, la redonna au pilleur de trésor. Celui-ci, très content de retrouver là son objet fétiche, recouvra alors en partie la raison, mais restait tout de même parfois illuminé et halluciné. Conscient cependant, au-delà des bienfaits de la boîte, de tout le mal qu'elle pouvait également causer à quiconque la perdait ou se la faisait voler, il décida d'en faire don au responsable du trésor royal, qu'il connaissait depuis que ses activités d'antiquaire avaient été florissantes.

Le responsable du trésor se réjouit alors de cette nouvelle acquisition, d'autant plus qu'elle ne lui avait rien coûtée. Il pensait, en serrant la boîte dans sa main et en la regardant :

« - D'après mes recherches, cet objet fabuleux aurait appartenu il y a près de vingt siècles à un esclave. Celui-ci avait volé une partie du trésor royal, et fut ainsi condamné à mort. Il aurait été inhumé avec cette boîte posée dans sa sépulture, car cette dernière lui appartenait en propre. D'où la malédiction sur celui qui avait violé sa tombe et volé cet objet. »

Mais le gardien du trésor du roi se réjouissait encore, car il pensait que la superstition portait malchance. Alors qu'il pensait cela, le trésorier royal se senti subitement et mystérieusement rempli d'une énergie toute nouvelle et puissante. À partir de ce jour, de nombreux bienfaits se manifestèrent à lui. Le roi augmenta son traitement, en le nommant responsable en chef. Le trésor, ouvert au public les jours de fête, attirait de plus en plus de monde, et, malgré le prix modique des entrées, de par l'importance toujours accrue des visiteurs, les caisses du trésor du roi étaient de plus en plus pleines. Le nouveau responsable en chef du trésor commença alors à être reconnu par ses pairs les hauts-fonctionnaires royaux, par le roi lui-même, mais aussi par le public, enchanté du travail accompli par le responsable du trésor pour organiser les collections royales. Celui-ci était au faîte de sa gloire, encensé de toutes parts.

Pendant ce temps, le pilleur de trésor, qui avait retrouvé partiellement la raison et était sorti de l'asile, et le savant, qui allait mieux lui aussi, se rencontrèrent à nouveau à la terrasse d'un café. Bien qu'ayant recouvré une partie de leur santé et revenant tous deux de loin, ils étaient toujours dans la misère financière et matérielle, leurs activités n'étant plus reconnues, contrairement à celle du responsable en chef du trésor. Le voleur de trésor dit au savant :

« - Pourvu que cette boîte en or et ivoire, maintenant faisant partie des collections du roi, et possédée par notre haut-fonctionnaire préféré, ne soit plus jamais perdue, volée ou détruite, car elle ferait alors le malheur de son détenteur.

Et le savant, très heureux d'être à nouveau en bonne santé et d'avoir échappé à la mort, répondit au voleur de trésor :

- Tu sais maintenant comme moi que la santé, mentale et physique, qui est un don du ciel, est un bien plus précieux que la renommée, la reconnaissance, l'argent et la réussite sociale ! »

Et ils tombèrent tous deux d'accord sur ce point, en se regardant et en riant l'un l'autre. Ils finirent par se dire :

« - Pauvre gardien en chef du trésor royal ! S'il savait... »

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Publié le 20 Août 2013 par Le blog poétique de Lazou

Le roi et le pigeon voyageur

Il était une fois, dans un pays oriental et lointain, un roi qui s’ennuyait, tant les affaires de son royaume ne l’intéressaient pas. Pour tromper son ennui, le roi, qui aimait beaucoup la musique, passait son temps à rassembler ses musiciens, le matin, l'après-midi, et surtout le soir, afin que ceux-ci jouent pour lui. Sa femme, la reine, se désolait non pas tant que le roi soit si féru de musique, mais qu’il préférât celle-ci aux activités royales. Car la cour voyait d'un mauvais oeil que son roi se passionne pour la musique, alors qu'il y avait tant de choses à faire dans le royaume, comme s'occuper du peuple, pour que celui-ci ne se révolte pas; ou encore lever de nouveaux impôts afin d'enrichir le royaume, ou bien de réunir de temps en temps ses ministres, ne serait-ce que pour dépêcher des émissaires ou des explorateurs qui découvriraient de nouvelles contrées, car le monde était vaste. Mais l'ennui de ce roi était profond et son amour de la musique d'autant plus grand.

L'été arriva, et il faisait très chaud dans le royaume d’Okam. Le peuple travaillait le matin, l'après-midi était réservé au repos, et le soir, tout le monde se retrouvait dans les rues pour causer et se rencontrer à la terrasse des cafés. Du plus humble cordonnier, au soldat le plus brave, en passant par le tanneur ou l'horloger, les sujets de discussion étaient variés, mais celui qui revenait le plus souvent était le goût qu’avait le roi pour la musique. Car parmi les plus pauvres gens, il y avait les potiers ainsi que les porteurs de thé et de café notamment, et l'on se demandait pourquoi le roi éprouvait un tel ennui pour le bon gouvernement de ses gens. Les petites gens, qui connaissaient les richesses multiples de leur royaume, se demandaient si le roi, au lieu d'écouter toute la journée de la musique, et de payer très cher ses musiciens, ne ferait pas mieux de s'occuper des autres corps de métier, dont certains souffraient d'un manque de rétribution et venaient même à disparaître.

Le royaume était riche en terres fertiles et arables, et, malgré le désert qui commençait aux confins de la capitale, le système d'irrigation étaie très perfectionné, et offrait, outre la fraîcheur des arbres les soirs d'été, beaucoup de fleurs et de fruits, qui étaient redistribués aux habitants. Ces derniers ne souffraient pour ainsi dire jamais de la faim, mais les musiciens étaient les plus puissants d'entre eux, plus puissants même que les ministres, et le petit peuple connaissait pour ainsi dire la musique. En effet, tout le monde dans le royaume d’Okam savait jouer dès son plus jeune âge d’au moins un instrument de musique. Le oud ou encore les tablas par exemple, étaient très prisés parmi les gens de ce royaume, mais très peu d'entre eux savaient jouer comme les musiciens royaux, qui pratiquaient de nombreux instruments, et ainsi, le peuple jalousait secrètement ceux-ci, autant pour leur connaissance de la musique, que pour leurs salaires très importants. Les ministres aussi étaient jaloux discrètement des musiciens. Mais le roi ne voulait rien savoir de cet état de fait, et qu'un de ses conseillers essaya de lui en parler, que celui-ci demeurait sourd à toute parole lui enjoignant de remédier à cela, en baissant le traitement des musiciens, ou en écoutant moins de musique au cours de la journée.

Or il advint un jour que le roi perdit l’ouïe et ne put plus donc entendre aucun son, ni aucune musique. Il devint alors très malheureux et fit venir plusieurs médecins parmi les meilleurs. Mais ces derniers ne purent hélas rien pour lui. Les musiciens perdirent alors leur emploi à la cour, et dans toutes les contrées du royaume, on entendait dire que le roi pourrait au moins, s’il n’écoutait plus de musique, s’occuper un peu plus des affaires de son royaume, et avec l'argent qu'il ne versait plus aux musiciens, remédier à augmenter les salaires des petits métiers. Il s'avérait que c'était tout de même un bon roi, et que son peuple l’aimait et l’ admirait, et que celui-ci souffrait aussi malgré tout de ce que le roi devenu sourd, était également malheureux au plus haut point, de ne plus pouvoir écouter de musique. On se faisait du souci pour lui et pour sa santé, ainsi que pour l'avenir du royaume.

Mais un matin, le roi était à la grande terrasse de son magnifique palais aux multiples coupoles, très triste, comme d'habitude depuis qu'il avait perdu l’ouïe. Soudain, un pigeon voyageur, qui avait visité les plus lointaines contrées du monde habité, se posa sur la balustrade et dit au roi qu'il n’était en fait pas sourd, mais qu'il avait entendu trop souvent les mêmes discours sur son grand amour de la musique, et sur l'ennui qu'il éprouvait pour les affaires de son peuple. Et, surprise, le roi entendit ce que lui dit l'oiseau. Mais personne autour de lui ne le crut, pas même la reine, car, contrairement aux rossignols, aux jais, et aux pinsons, on pensait que les pigeons ne parlaient pas. Alors le roi fut encore plus triste, car il pensait avoir imaginé les paroles du pigeon voyageur, et il n’entendait toujours pas. Il communiquait avec sa cour par mots écrits. Le lendemain matin, le roi sortit encore sur sa belle terrasse aux balustres et aux consoles de marbre, et le pigeon revint et se posa, comme la veille, sur la balustrade, que le soleil faisait déjà scintiller, par cette belle matinée d'été. Le roi, qui pensait avoir rêvé, était toujours triste et affligé. Mais, alors que, perdu dans ses pensées, il regardait le pigeon, celui-ci se remit à lui parler et, ô merveille, le roi l’entendit à nouveau. Le pigeon, qui connaissait tout de la situation du roi par ce qu'il avait entendu en ville, lui dit qu'il ne rêvait pas. Et que s'il voulait entièrement recouvrer l’ouïe, il devait immédiatement renoncer à son titre de roi, et qu'alors, il pourrait écouter à nouveau la plus belle des musiques.

Le roi, fou de joie, fit venir la cour, les conseillers et les ministres, et abdiqua en faveur de son frère. Et à peine avait-il donné ce mot écrit au Premier ministre, qu’il entendit à nouveau tout ce qu'on disait autour de lui. La cour était très heureuse pour le roi, mais redoutait aussi qu'il se remit à payer princièrement, car il était redevenu prince, les musiciens, pour qu'ils jouent pour lui. Le nouveau roi, son frère, qui était lui aussi aimé de son peuple, pris ses nouvelles fonctions avec succès, car il gérait très bien le gouvernement de son pays.

Et la nouvelle se répandit qu’un nouveau roi était à la tête du royaume alors que l'ancien avait décidé, non seulement d'apprendre la musique, mais encore de parcourir le vaste monde en compagnie de ses musiciens préférés, dont le salaire avait certes baissé, mais dont les talents demeuraient grands. Tous ceux-ci suivirent donc l'ancien roi devenu prince dans ses voyages musicaux, et l’accompagnèrent avec ferveur et amitié.

Et l'ancien roi d’Okam découvrit, outre le plaisir d'exercer sa passion pour la musique et d'explorer de nouvelles contrées, qu’il ne s'ennuyait plus du tout, au contraire de quand il était roi.

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Publié le 11 Août 2013 par Le blog poétique de Lazou

L’homme qui ne savait pas pleurer

Il était une fois, en des temps très anciens, un homme qui n'avait jamais pleuré. Âgé de quatre-vingt dix ans, cet homme avait connu tout au long de sa vie bien des peines et de grandes joies également. Mais jamais les larmes ne lui étaient venues. Même enfant, lorsque, trébuchant, il tombait et se faisait mal, ou encore lorsque les autres enfants se moquaient de lui ou l'embêtaient, il devenait triste, fou de colère, mais ne parvenait pas à pleurer. Ayant grandi, il voyait souvent dans son entourage quelqu'un qui se mettait à pleurer pour une raison ou une autre et l’homme se demandait quel effet cela pouvait procurer. De tristesse ou de joie, il n'arrivait pas à verser une seule larme.

Une nuit, alors qu'il dormait, en rêve lui apparut un ermite encore plus âgé que lui, qui devait avoir cent ans. Ce moine était seul dans un ermitage et vivait des travaux de ses mains. Il cultivait quelques fruits et légumes pour se nourrir, et tissait des vanneries qu'il offrait aux visiteurs qui venaient le voir de temps en temps. Et dans son rêve, l'homme vit que le solitaire pleurait à chaudes larmes, tôt le matin dès son réveil, et le soir, jusque tard dans la nuit, car l’ascète dormait très peu. Et l'homme qui voyait en sommeil l’ermite pleurer, ne comprenait pas la raison et les effets de ces pleurs.

Le lendemain matin, après s'être réveillé, l’homme alla voir sa femme, elle aussi très âgée, et lui demanda :

« - dis-moi, sais-tu pourquoi je n'ai jamais pu pleurer, malgré toutes les vicissitudes de mon existence ?

- Non, je n'en sais rien. Peut-être que tu es trop fort pour pleurer, ou insensible, car il est vrai que je ne t’ai jamais vu verser une seule larme.

- Et sais-tu pourquoi est-ce que les ermites pleurent, car j'en ai vu un en rêve, mais je ne saurais dire où il se trouve, et il pleurait beaucoup.

- Les moines pleurent parce qu'ils ont été touchés par la grâce, et qu’ils portent tout le poids du monde sur leurs épaules », lui répondit sa vieille épouse.

Le vieil homme, quelque peu déçu et décontenancé, décida alors, prenant son bâton, de sortir et de marcher le plus loin qu'il pourrait, car la matinée était déjà tiède, et la journée s’annonçait radieuse, le soleil dardait ses rayons. Il porta avec lui sa besace remplie d’un bon repas et marcha tant qu’arrivé aux environs de midi, il s'assit sous un tilleul et prit sa collation. Soudain, il vit s'approcher de lui un centaure, mi-homme mi-cheval, qui lui dit :

« - vieil homme, tu voudrais bien savoir pourquoi l'ermite de ton rêve pleure matin et soir, et en faire de même, afin de connaître cette sensation et pourquoi pas, de te sentir libéré du poids de toute ta vie ?

- Et bien oui, répondit le vieil homme, cela m’ôterait le fardeau de toute mon existence passée à me sentir insensible face aux aléas et aux tracas de ma vie.

- D'accord dit le centaure, je vais te dire pour quoi est-ce que cet ascète pleure tous les jours. Il pleure parce qu'il me voit chaque jour sous cette forme de centaure, ou encore sous d'autres formes, multiples, que je peux prendre, comme celles de diablotins, et que je l'interromps dans ses prières. Me voyant ainsi, ce saint homme ne peut s'empêcher de pleurer car il sait bien que par ses prières il lutte contre le mal, mais que le mal est aussi fort que lui.

- Va-t-en, centaure, lui dit alors le vieil homme, toi qui déranges en personne cet ermite qui ne demande qu'à vivre en paix avec lui-même et avec le monde, lequel est déjà bien assez compliqué comme cela. »

Le centaure s'évanouit alors dans la nature, et le vieil homme se trouva, ô surprise, les yeux pleins de larmes. L'espace d'un instant, il se demanda s'il avait rêvé ou si cette entrevue avec le centaure avait vraiment eu lieu. Sentant ses yeux mouillés, il se dit :

« - quelle chance ! À présent, voilà que moi-aussi je pleure. »

Et il se mit alors à verser beaucoup de larmes pendant plusieurs heures, et prit sur lui tout le poids du monde. Il pleura pour tout le mal qu'il avait connu au cours de sa vie sur cette terre, mais aussi pour les joies qu'il y avait à vivre. Et la nuit tomba comme une feuille et le vieil homme décida de dormir là, sous le tilleul, car c'était l'été, et il avait pris un drap dans sa besace.

Le lendemain matin, au réveil, l’ermite se mit à pleurer, comme à son habitude. Il se dit alors à lui-même :

« - quel rêve étrange je viens de faire. Moi qui ai passé ma vie à pleurer, à porter le poids du monde sur les épaules et à lutter contre le mal, voilà que j'ai rêvé être un homme qui aurait traversé toute son existence, avec toutes les joies et les peines que cela comporte, sans verser une seule larme jusqu'à quatre-vingt dix ans, lors de sa rencontre avec ce centaure diabolique qui me hante si souvent. Auparavant, j'aurais préféré n'avoir jamais à pleurer pour les tracas et les soucis de la vie. Mais enfin, tout bien réfléchi, cela aurait été encore plus difficile à porter si je n'avais pas pu me libérer en pleurant. Cela m'a fait avancer, ne serait-ce que pour faire le deuil de toutes les bonnes personnes que j'ai connues, ou encore de certaines situations que je ne revivrai plus. Quant aux joies de mon coeur, elles n'auraient pas été si douces et exaltantes si je n'avais pas pu, pareillement, les exprimer par mes larmes.

Et le vieil ermite de cent ans décida alors de prendre son baluchon et de rejoindre son monastère et ses compagnons qui l’attendaient là-bas. Chemin faisant, il aperçut au loin le centaure qui s'enfuyait en courant.

L'ermite compris alors soudain que sa vie d'abnégation et de prières n'avait pas été vaine. Le sens de celle-ci lui apparut alors si clair et rayonnant, qu’il remercia le ciel pour ce rêve ô combien révélateur, lui qui avait toujours douté de sa vocation. En rejoignant son monastère, il pensait en souriant :

« - soignons nos rêves, car ils peuvent nous révéler parfois le sens de notre existence. »

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Archéologie

Publié le 19 Juin 2013 par Le blog poétique de Lazou

Archéologie

Distinguant au loin les lueurs

De mors de chevaux très arrogants

Tandis que s’éclatait la nuit

Après un rouge crépusculaire

Après la pluie viennent les temps nouveaux ;

Pensai-je.

Alors que s’ébouriffe la bêtise de certains ennemis ;

Je me meurs,

Sur un tapis de lin, kilim-

Et l’Orient qui m’est interdit à présent

Me manque cruellement.

Tant pis pour les rois d’antan.

Et l’Autre se pâme d’affreux sourires

Et lui et moi nous ressemblons-nous ?

L’un chute, l’autre culbute, dans un délire hallucinant.

Nos tristes rires et tristes sires.

Les puissances orgueilleuses de l’âme humaine sont fantoches.

Ses défaillances sont chaudes et charnues,

L’art est un medium qui me rapproche, chaque jour, un peu plus,

Des aurores hyperboréales.

Apollon a été détrôné par Appolyon,

Dans d’antiques chemins.

Funestes présages.

Par-delà les monts et les mots d’aujourd’hui, de demain,

Les moments d’hier,

Je pars et je reviens, triste sire au sourire triste-et lugubre.

Blanche noirceur de l’arbre, en face,

Nuit de lune.

Soleil noir, soporifique ou alchimique,

Me montre que je me suis trompé !

Le monde n’est-il qu’escroqueries, délices subtiles et cruautés injustes ;

Humanité en un mot ?

Mon maître arrive sur un cheval étincelant,

Il arbore un cahier doré,

Dans lequel sont gravés son nom et ses prouesses,

Triste sire. Aimable triste maître.

Et moi qui danse dans une marmite,

Où nichent incunables et belles curiosités,

Désirs boulimiques, artifices d’humanité,

Génie de l’égoïsme, de l’altruisme,

Bons rires crus comme le sont aussi le soleil et la lune,

Voilà que mon maître fait un caprice,

Comme celui de la guerre.

La poésie étant un leurre,

Elle fait exploser-en bloc-comme des tanks en carton ;

Exploser sa conception même,

Et se réalise tel un timonier, petit et modeste,

Adieux.

Si tant est que l’on puisse dire,

Au grand mépris de l’Orient,

Que la guerre est en Syrie, en Irak, en Afghanistan,

Hélas la guerre est en nous tous,

Nul n’en est exempté.

La paix glisse-comme un pouvoir faible et palpitant.

L’Occident s’en moque et fait montre d’un cruel raffinement, brutal.

La paix semble un rapport expérimental,

Des Nations-Unies.

Elle glisse comme un pouvoir présidentiel, historique, ou footbalistique ;

Le terrain de jeu-le monde,

Est lui aussi très empirique,

L’empire est de toute façon perdu,

La liberté un idéal pratique,

Les esclaves sont au loin,

Les citoyens aussi.

Et l’Autre sous le tilleul s’agite,

Sous un dôme reluisant ;

Hormis la nuit point de salut,

Hormis le jour point de Mani,

Et deux et deux font-ils quatre ?

Et deux hommes font Troie et détruisent la terre,

Et sa chronologie.

Voilà Heinrich et son ami,

Au cœur de leur rhétorique,

Un phénomène : celui des temps anciens,

Aujourd’hui dépassés, détruits,

Mais bientôt remis au goût du jour.

Opérations magiques et terrifiantes,

Marquées du sceau de l’inconnu,

Violence des pluies fines et grands orages d’hiver ;

Confitures au placard et miel abondant.

Mains moites, baiser avec les yeux ouverts,

Ignorance des amours d’antan,

Chaudes couvertures.

Le sang des martyrs, l’amour de la misère ?

Le roi et le mendiant réunis dans un moulin en bois,

Et en moi, aussi.

Si tant est que je puisse écrire,

Ce qui me vient à l’esprit,

Seules mes amours triompheront,

Seul le passé est la mort,

Le futur luit dans le présent-ici et maintenant.

Qu’avons-nous fait des forces, qui, jadis, décuplèrent nos édifices ?

Où les poutres de bois se changèrent en pierre ?

Où les triglyphes grecs s’inspiraient de la pyramide

De Djoser ? Et Imhotep rit de bon cœur ;

La mesure de mon amour de la vie, où l’ai-je prise ?

Aux creusets de quelles routes, au creux de quelles forêts ?

Le temps est mon allié, certes superbe, mais mon ami.

L’expérience est mon dû, puisque je vis-ici et maintenant.

Quels seront mes chemins, quels sont-ils aujourd’hui ?

La folie est ma confiture ; la culture mon étalage ;

Mon étal est de feu et de fer ; il se pâme dans de belles soudures.

Des barrières-pour croiser les chemins,

Des cercueils-pour orner la croix,

Des vies enfin-pour gêner le génie.

Des inconnues-pour mieux comprendre que je ne connais rien.

Des ancêtres, héros de toujours-qui dorment dans des flots immobiles, calmes et froids,

Des flots qui dansent sur un manège,

Plein de couleurs, d’or et de bois ;

Des flots qui fanent-sans plus jamais refleurir ?

Le prince n’avait-il pas fait de moi, pauvre et vivant- son ami ?

L’aura de ces femmes qui surent tout, je ne la tiens plus à distance, moi, saint dépravé ?

Sainte colère !

Au-dessus de nos colères resplendit le génie.

Et la splendeur du prince luit-dans la vie d’Harun al-Rashid, et non pas dans celle d’al-Hakim !

Mes aliments sont de pierre et d’ambre ;

Je me nourris des fastes du passé.

A croire que je ne saurai me libérer du néant antique.

Tic, tac, toc, ces édifices sublimes ont été façonnés pour l’Idéal-cruelles réussites.

Alors que dans des prairies magnifiques,

Aux miroirs de glace,

Sous la nuit de lune pleine,

Dorment des anges thuriféraires.

L’ange de pierre sourit encore,

Au creux de la cathédrale des rois,

Sous des conques de briques et de pierre ;

Mais pour combien de temps encore ?

La terre est un magma,

Les cosmonautes sont-ils l’élite de la fuite en avant ?

Mais j’ai les pieds bien sur terre !

Soleil noir alchimique, lune blanche ou noire,

C’est à choisir.

Mais l’eau est notre terre.

La lune blanche est d’un sombre éclat de roche,

Visage de lune dans l’ombre, un étrange songe.

Les palmiers antiques sont des colonnes de temples étrusco-inconnus.

Les inscriptions anciennes restent indéchiffrées,

Pour combien de temps encore ?

Il est bien difficile d’être un archéologue,

Même un Paléologue, le reste-qu’en sais-je ?

Les orangers ne sont-ils pas que ruines à découvrir ?

La nuit semble rouge comme une étoile pyrotechnique.

Mon parchemin est une toile, la pourpre s’étiole dans les senteurs des jardins.

Le reste est une trace,

Mais il ne reste pas grand-chose des cours d’autrefois,

Où les rois étaient des professeurs sévères,

Inculquant à leurs sujets la recherche d’une vérité si proche et si lointaine,

Les doux sévices d’un cœur ardent.

Les mots sont comme une entrecôte-saignants.

Et les choses, une caverne rutilante,

Où les détritus côtoient l’encens.

Le progrès technique n’a d’autre but que d’usurper,

Des titres d’or et alchimiques.

L’or est notre terre.

Odilon de Cluny est-il ce que je suis à moi-même ?

L’abbé de mon âme, le b-a-ba de mes tourments et l’abc de mon abba.

Soporifique.

J’ai caché ma torpeur dans des exultations extatiques.

J’ai réinstauré son âpreté, en perdant beaucoup.

Surtout la santé. Et j’ai laissé celle-ci sur des autels de marbre,

Ceux de Delphes et de Délos.

L’oracle, qui est mon ami, m’a prédit que ma maîtresse serait la nuit pour toujours.

J’ai pourtant haï la nuit où mes amis m’ont frappé.

Que faire alors : être heureux ? Très compliqué.

Malheureux ? Epuisant.

Zen ? Palpitant.

Me voici incompris parmi des ombres,

Le monde tout entier semble illusion grossière.

Mes repères ont été détruits par mes pères,

Quels qu’ils fussent,

Français ou Russes.

Me voilà donc seul avec Dieu, pour survivre ou pour mourir ;

Une fois, mille fois.

Martyre : jamais de mon choix !

Ma volonté vacille, fébrile comme de la cire.

L’amour est comme mon sang, celui d’un vieux continent,

Oublié dans un milliard d’années,

Parmi mille soleils noirs.

Mage, j’ai une fois changé la pierre en miel,

Et moi en enfant.

Le bien est fragile, précaire ;

Le mal est-il plus fort ?

L’humanité paraît lutter contre ce dernier depuis toujours,

Et il est toujours là.

Le bien doit se reconstruire, à chaque seconde.

Qu’on arrête de penser à lui,

Et il luit en fondant au fond d’une marmite,

Et je prends soin de lui.

Alors que s’ébouriffe la gloire,

Les fantômes se pâment d’affreux sourires,

Les poètes se font mal,

Les sots ne savent pas ce qu’ils font,

Ils pullulent et tintinnabulent comme des clochettes.

La maladie serait-elle par nature une paresse ?

L’égoïsme existe, tant mieux ?

O les pavés étincelants !

Les dômes luisants ;

Les coupoles éteintes ;

Les coupelles au fond desquelles,

Il y a du flan.

Mais les coupes du pardon sont rares,

L’Homme parle au plus pressé.

N’étant toujours pas arrivé au silence !

A présent il faut réinvestir l’action,

En buvant de l’eau bien fraîche,

Au plus grand dam de l’Orient ?

Sommes-nous tous plus ou moins fous ?

La vie se cabre, comme un cheval attendant la course.

Le génie a-t-il fui dans l’arrogance ?

Au creux d’une casserolle,

Au fond d’une vallée ?

Mon djinn a rejoint l’âme d’une femme,

« et que j’aime et qui m’aime »

Patati-patata.

Taratata !

Voici ma trompette,

Ainsi qu’une colline,

Comme une caverne,

Creuse au-dedans.

Caverne de Platon,

Bataille de Platées !

Sus aux tyrannies de la maladie

Laquelle est absoute.

Le milliardaire a raison de donner sa fortune contre une rose ;

Qui ne sera plus là demain !

« j’ai été,

Je fus,

Je ne suis plus,

Je n’en ai cure ! »

Drôle d’épitaphe…

L’Orient n’est pas si merveilleux,

Car il est réel et la réalité, floue ou illusoire, m’échappe,

Rome est comme un ogre,

Et Carthage plus sage ?

Ceux qui m’interdisent l’Orient sont malades.

Car j’ai laissé là-bas :

Mes breloques dorées

Mes nippes azurées

Mon soleil noir

Mon visage rouge

Mon étendard mauve

A l’orée d’une forêt bleutée.

Les retrouverai-je un jour ?

Au bureau du temps perdu ?

Ma poésie demeure un leurre et une gageure,

Comme les sources bien fraîches de nos bois.

Seule la résilience importe,

La résistance équivaut à mille gâteaux de miel ;

Ah ! Qu’il est bon de mourir pour la « matrie » !

Me voilà bien seul aujourd’hui, perdu, dans cette foule,

Homère me l’avait du reste prédit le jour de mes vingt ans,

Socrate le jour de mes vingt-cinq,

Eschylle le jour de mai sentant-les pertes,

De tous mes êtres chers !

Seule la critique des empereurs semble unanime,

Sous l’égide des Tacite, Suétone et autres Dion Cassius !

A l’Orient aussi les empereurs !

Eux non-plus n’en sont pas revenus :

César en Egypte,

Alexandre en Inde,

Napoléon en Russie,

Ils sont restés là-bas,

Et leurs empires ont péri,

Et leurs péris avec !

A présent je suis au café-seul !

Pensant que des magiciens ont été usurpés

Par d’anciens subterfuges,

Par-delà d’antiques présages

Où Rome est toujours la plus belle,

Rome mon amour !

Et Carthage est cachée sous une couche de destruction.

Le rôle des vétérans ne me paraît plus superficiel,

S’étant cristallisé dans l’Histoire,

Comme les poutres de bois en triglyphes.

« ô saisons, ô châteaux »

Quel rêve est le plus beau ?

Me voici nageant dans une grande piscine entourée de colonnes toscanes,

Et cette onde est calme et profonde

Au fond de l’eau se trouvent toutes les civilisations noyées par le temps.

Une déesse aux longs cheveux est là aussi,

Elle me guide vers la voie de Mani.

Sous l’orme elle s’agite subitement,

Elle cherche la ville au loin ;

Il y a aussi des pins qui sentent bon l’été.

Elle me parle soudain de Tarquinia, Musarna et de moi-même.

Un vieux danseur se transforme en fleur de lotus,

Pendant que les convives banquettent.

Je suis pauvre d’esprit

Et mon cœur est une brioche.

Me voici à l’apogée de la linguistique :

Ecriture inca, linéaire A, Etrusque…

« ô saisons, ô châteaux »,

Mon rêve fut-il alors le plus beau ?

L’archéologie et l’Histoire,

Veulent se réapproprier le temps,

Lequel a fui dans des ornières cachées :

Il pousse au plus pressé.

Il est le luxe de l’Occident,

Loin des rêveries orientales,

Des rêves éveillés au cœur d’un café

Où l’eau murmure des prières,

Pour façonner un idéal,

Qui fuit lui-aussi.

L’idéal est mon féal !

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Poème mystique

Publié le 19 Juin 2013 par Le blog poétique de Lazou

Confessions apocryphes

Prologue

Seigneur, qu'avez-vous fait des forces qui jadis décuplèrent nos édifices ?

C'est avant tout l'espace où dominent ces colonnes de toujours, entre toutes ornées des chapiteaux les plus légers.

C'était tout le poids du monde que vous avez voulu nous ôter en nous donnant la mesure de votre amour. À force de nous sacrifier votre beauté, vous nous avez montré dans quels méandres nous étions doucement tombés.

Des feuilles, des feux de toujours s'éclairaient dans les paysages antiques que vous nous aviez légués.

Au fur et à mesure que nous croissions dans l'univers infiniment bon de votre miséricorde, vous nous montriez qu'il n'existait sur terre pas de plus ample nef que votre bonté.

Ô l'irrésistible, l’ irrépressible chute. Ô : la douceur de ces faux trépas qu’au lieu de nous infliger vous nous suggériez à peine !

Des fleurs des saintes, du sang des martyrs, de l'amour de Madeleine, vous avez fait des étoiles que nos yeux n'arrivaient qu'à deviner. Ô les plus grands et les plus doux tourments, la violence des contrastes que vous avez donnés à nos âmes, la véhémence des pluies fines des grands orages d’hiver.

Jamais nous n'avions entrevu avec plus de clémence l’espoir qui gît - caché comme un enfant, dans chaque rose.

Oublier, oublier encore un peu le peu que nous sommes, oublier la misère pour mieux l'apprivoiser. La misère, couronnement suprême. Car le prince a fait du pauvre mendiant son ami fidèle parmi les plus fidèles.

Ah ! Et même si nous avons cru avoir souffert comme des damnés, tout cela n'est rien à côté des délices que vous avez offert à nos âmes de mortels. Les éclairs qui jaillirent des arbres ont failli à porter aux filles les écoles de la vie qui ne s'apprend pas.

Vous avez regardé avec moi, Seigneur, les crises les plus violentes que nous autres, hommes de toujours, avons rapporté de la contrefaçon piteuse de vos plus humbles enseignements.

Nous sommes sortis de toute façon, et nous n'avons rien vu de tout ce qui aurait pu troubler vos pas. Dans les jardins, vous nous avez montré qu'il existait des choses, au grand dam de vos éclairs de feu. Nous avons bu à vos sources limpides, et n'y avons trouvé que des combinaisons.

De la chimie, nous n'avons voulu retenir que des formules trop claires pour être les vôtres.

Ah ! Que je ne brûle pas d’un terrible mal. L'enfer est à mes pieds et c'est comme si je n'avais pas su le reconnaître à votre voix impérieuse.

Mourir au poteau, mourir encore, mille fois, pour que l'on meure quand même ! Mon âme malade, vous l’avez guéri par des enchantements multiples et vous n'avez même pas daigné me dire pourquoi.

L'automne, si triste et si beau, apportait, lorsque les feuilles étaient rougies par vos opérations magiques et terrifiantes, les prémisses de nos drames que l'hiver marquait du sceau de l’inconnu.

Les impossibles réponses, vous nous les avez montrées, pour que plus jamais nous ne doutions de notre misérable condition.

Les savants, les historiens, les scientifiques, les prêtres, les fous, perdus de n'avoir pas su naître selon leurs propres voeux, vous les punissez et les punirez encore, lorsqu’ils omettront de reconnaître la douceur de vos vérités.

Pourvu que vous trouviez des médiums sans prix, vous avez sacrifié la littérature et la prêtrise à la douleur. L'émotion, pauvre artifice, arrive trop tard lorsqu'il s'agit d'imaginer des repères dont les limites sont vaines. Seigneur, faites de mon trépas la condition de mes larmes.

Donnez aux murs des cités insolentes l’éclat de votre lumière et nous vous aurons reconnu. Trois fois vos feux ont inondé d'une lumière bleuâtre mais radieuse les côtes des chemins les plus accidentés.

Vos sangs ne sont rebelles qu'en songe. Par la grâce que vous avez posé sur nos veines, vous avez fait nôtres ces incompréhensions dont nous entourons nos repentirs brûlants.

J'ai entrevu dans l'obscurité de vos soleils, la célérité des âmes de jadis, des astres de demain. Au-delà des limites que nous croyions contrôler par de piteuses mesures, vous nous avez montré qu'il existait dans l'infini des vies toujours reconnaissantes.

Que la passion me dévore, pourvu qu'elle soit toute tournée vers vous. Moi aussi, naïf, j'ai cru percevoir les doux sévices de mon coeur d'enfant. Et vous Seigneur, le miel, vous l'avez fait pierre, pour plaire à des ennemis qui ne songeaient qu'à perdre.

À quel prix achèterais-je ma vanité ?

J'ai cru en vous, j'ai reconnu dans vos appels les grandes attitudes du myste. Sur ces mers que nous nommâmes salées, c’est la pluie d’un sucre ignoré de tous que vous avez posé d’un souffle salvateur.

Dans l’ample douceur du soir, vous nous avez donné tout ce qu’il y a de bon. Fi de ces sortes qui n’ont jamais eu d’excellents que des chants trouvant dans les eaux réduites des flux ridicules ! En croyant voir vos traits, c’est vos rires tristes que j’ai entendus.

Du Cantique, nous n’avons que la pose, nous autres, que la durée de nos vies ne s’apparente qu’à des arbres qui passent. Toutes les prédictions, notre orgueil cruel a voulu les fausser, mais, caché dans la gorge, l’arrière-goût du malheur nous a rappelés à l’ordre.

Moi-aussi, Seigneur, pardonnez mes transfuges, moi-aussi j’ai cru aux boniments des soldats dans des tavernes où la musique trouvait en nos voix sourdes les éclats de vos éclairs sublimes.

Et je n’ai feint de croire au néant que pour vous donner, à mon tour, la mesure de ma stupide ignorance.

La terre, cette beauté sinistre, cette ultime matrice, la raison même des mers australes et des aurores boréales, qui nous poussent aux actions absurdes, la terre est morte à Athènes. La nuit antique devenait alors à nos drames les pleurs qu’il convient de verser une seule et plusieurs fois pour nos héros.

Les nefs, dans des festins que nos paroles de veillées ont révélées à ceux-là même qui ne saurons pas réagir lorsque nous mourrons, se sont changées en ventres bourrus.

Nos pensées, ces traces que seul le temps permet de rouvrir dans des ornières cachées, ont trouvé le déclic de vos amours. Pourquoi nous avez-vous montré des rois que nous ne méritions pas de connaître ?

Regardez-nous encore une fois, la dernière si vous voulez, et voyez nos misères s’entrechoquer dans des flots immobiles, et voyez la faiblesse qui entoure chaque étreinte.

Nos veines ont appris à endiguer ces flots tumultueux et gourds, qui sont chauds quand nous aimons sans le savoir.

Une nuit, brillaient aux cieux les pâles lumières de vos astres gracieux, dans les froides misères de l’hiver. Vous m’aviez donné une maison, éclairée par un feu aux froids tisons.

N’avais-je pas voulu, moi-aussi, comme tant d’autres, mais sans le mériter, connaître l’âme d’une sainte ? Par-delà les bois gris et verts comme un marbre rare, cette immensité opaque que seuls les nuages esseulés arrivaient à frôler, par-delà la terre, les chemins tortueux et terribles d’une solitude demeurant la voie de vos instructions multiples, j’ai entendu, à rebours, votre voix, sans l’écouter.

C’est alors que je ne croyais en rire sauf en moi-même, ô égoïsme de ma jeunesse, orgueil de mes nuits, j’ai manqué notre douce rencontre généreuse.

Au firmament luisaient des flammes glaciales, et des poussières, trop oubliées déjà pour qu’on les remémore. Les bruits s’étaient faits secs et irréguliers, comme si l’on n’avait pas eu le temps de les apprivoiser.

Je cherchais, couché sur mon être aveugle, les nuances de nos sangs. Aussi, surpris par des rencontres que vous nous accordez dans l’ignorance, sans sortir de moi-même, je regardais des angles concrets, et des rondeurs légères.

Le noir et le malheur, vous les avez transformés en autant de frises, qui sont, à y regarder de près, le reflet de vos histoires. J’entendais, dans la nuit et la brume noire, le souffle de vos appels sans nombre.

Je voyais encore, dans vos temples de toujours, des hommes, heureux sans l’être, regardant sur la pierre des fleurs d’automne, qui embaumaient tels de grands cierges blancs.

Je sus alors deviner le doux murmure de vos pas que vous avez voulu humains. Suspendu le temps, et les vivants aux morts ! Tristes paroles dans une pénombre sacrée. Eclats de flammes translucides.

Sans un doute, avec l’âme des jeunes gens qui trouvaient leur nourriture dans les coups du sort, béat, puisque je vous voyais pour la première fois, je ne trouvais que des mots trop simples pour être l’essence de ces fleurs.

Accroché aux lettres de prophètes volés, je pensais que l’éternité, la seule nuit de votre amour, était un leurre. Les pendules ne fonctionnaient plus depuis longtemps. Aucun son ne troublait le silence.

Aucune figure, sinon celle que vous nous offriez, ne le rencontrait plus. Je restais aux nues de quelques hommes illustres et méconnus, qui s’ignorèrent les uns les autres. Ah ! La paresse de mes idées cruelles, et le trépas imminent de ceux qu’on aime sans le savoir, et sans rien faire pour les garder auprès de nous !

Aux repas, c’était moi-même que je dégustais comme un ogre. Les doux parfums de ces encens dont vous seul savez d’où ils se consument, faisaient germer dans ma tête mille toisons de soies et de pampres.

Sans pour autant me départir de ces idées hideuses : que mes pieds touchent bien le sol ! j’avais froid près du feu dont chaque crépitement était une seconde dans l’espace du crépuscule.

La distorsion de ces magies d’antan me fascinait encore et la brûlure était pour moi une hypnose. Des volutes bleues comme des arcs-en-ciel cachés se morfondaient en moi.

L’aurai-je voulu de toutes mes forces, je n’aurais pu prononcer un seul autre son que celui, trop net, que des maîtres sévères m’avaient inculqué.

Aux tristes présages des hauteurs, je ne voulais pas quitter la marche aimantée et magnétique.

Soudain, alors que des aiguilles d’horloge se mettaient à tourner dans un discours véloce et fou, soudain j’ai eu l’éclat des fils de bonnes familles.

Alors, changeant de place malgré moi, je me retrouvais au fin fond des vallées obscures, où le sang de nos ancêtres coulait dans des flots calmes et froids, se déversant sur des fleurs et sur l’aura de ces femmes changeant de vie sous votre prétexte ; et ces fleurs fanaient pour ne jamais refleurir.

Sparte, cité de tous les sacrifices, mère de ces hommes dont le choix guerrier portait en germe l’Occident démoniaque, Sparte m’apparut, et la froidure de ses épreuves se transforma en rires qu’on réprime, tant on a peur que nos cœurs, eux-aussi, se transforment en pierre.

C’était, au creux des pamoisons fidèles, la dernière extase avant la nuit de feu.

Je compris peu à peu le poids de ces silences, la polysémie de ces chants qui, pour n’émettre aucun son, n’en étaient pas moins sacrés. La chance de m’en remettre aux martyrs je l’attrapais au vol, et ne voulais plus la quitter.

La gifle du temps qui passe… Je voyais, à demi-éveillé, ces blasons, bien loin de mes propres symboles.

J’entendais le bois de lourds meubles rustiques, craquer comme autant de signes sans nom. Tout était là, et l’amour, et la mort, la lumière et l’obscurité, le sol froid, les chaudes couvertures, les appétits insatiables de Chronos, et l’éclat de vos signaux d’appel.

Les paroles, les silences, politesses honnies, et l’amour, le baiser avec les yeux grands ouverts, les mains chaudes et moites, les étreintes ratées et pourtant superbes, les fleurs, les robes noires, les bleu-gris de l’horizon se fendant dans le soir, les lampes éteintes, les ampoules d’autrefois, les lits prêts pour des sommeils sans rêves.

Les branches que l’on cassait dans un bruit sec, les boniments des amours impossibles, les confitures dans le placard, et les poudres fines des poussières que l’on goûte.

Les écritures mortes et toujours inconnues, les reflets d’argent de nos regards livides et calmes, voilà l’ultime extase de nos membres. Trois syllabes ? C’était déjà trop.

Les doux regards de ces statues antiques qui parlent sans dire un seul mot. Fusion des sens, sans rien autour. La force des clichés, la beauté de Paris, les arcs de triomphe que nous avons volés à de cruels ancêtres, les murmures des voix qui s’éloignent à jamais.

Plus que tout autre, je cherchais à voir trois nuages légers dans le ciel d’automne.

Ainsi, je me débarrassais pour un moment de la modernité des femmes. Gare ! Au loup !

A présent il faut chasser les malheurs et boire sans une fête. Seul ! Surprise des mots qui disent tout en une seule fois. La chair et le sang dans des moulins à vent.

Egoïsme

Plus de regards au-delà de ces mers arides. Le ciel s’est changé en un horizon d'airain. Que voir par-delà les nuages froids des vents du printemps des cieux ? La solitude, l'amour, le martyre ?

Dans le sommeil, au tréfonds de mon âme tourmentée et douce, dans mes pleurs d'enfants, à mon tour, je rejoignais, sans le savoir, dans un sursaut ultime les saints de tous les horizons.

Tandis que ma souffrance s’était terrée dans les chemins nocturnes de forêts pleines de fantômes, seul, je conduisais ma destinée vers d’amples palais de pierre.

Seul, envers et contre tout, je luttais par des pensées que certains me reprochaient, mais ces idées n'étaient même pas les miennes.

Je les avais trouvées dans tout ce que j'avais vu. Et le pire était pour moi comme une douceur.

J'avais écouté les terribles vérités de maîtres austères, j'avais donné au tout-venant la mesure de mon amour, j'avais tout pardonné sans verser une larme, j'avais aimé et j'aimais encore, j'avais reçu mes ennemis comme on reçoit les plus grands princes, j'avais versé des larmes au tombeau des vivants, j'avais couru, chuté, je m’étais blessé, et ma chair en lambeau a pourri pour renaître.

Puis, épuisé, sans une force, je me suis retiré dans des chemins voués au néant ; j'ai couru au supplice comme on boit aux sources claires. Sans rechigner, j'ai vu dans mes blessures des trophées hideux, l’âpre caractère impitoyable de l'homme.

Je n'avais plus que Dieu pour survivre ou pour mourir. Car je ne voyais que des bribes de ce qui devait apparaître comme autant de soleils. Je ne pouvais plus me relever, cela aurait été une offense pour moi-même.

Je savais que là où les gens me voyaient renaître, je ne faisais que poursuivre une chute commencée dès mon plus jeune âge. Étais-je devenu fou ?

J'avais cru avoir transformé la pourriture en gâteaux de miel, en repas abondants des grandes familles. J'avais cru avoir donné aux autres des rêves sublimes, à ces autres qui ne dérangeaient que des détracteurs minables et trop sûrs d’eux.

J'avais cru avoir étreint les cousines de son altesse la mort, ces dernières m'ayant proposé de mourir au supplice des anges.

Je démontais les meilleurs raisonnements, qui semblaient alors issus de la folie ordinaire des hommes. J'ai joint au blasphème la honte, la haute trahison et le plaisir, me suis tout permis malgré les ogres, ai mélangé mon sang avec la cire des cierges de jadis.

J'ai lancé des anathèmes d'enfants sur les gardiens de forteresses imprenables. J'ai couru, marché, sauté, dans les plus vieilles cités. Seul, je me suis perdu dans les campagnes et lorsque je m'égarais dans des champs, je ne songeais qu'à revenir sur mes pas, tant mon désir de méconnaître était grand.

J'ai vécu les terribles humiliations de la nature sans le moindre courage. J'ai subi les outrages du temps, comme le vent emporte les feuilles de l'automne. Moi aussi, j'ai foulé la poussière des pas d'hommes illustres et, loin d'être le seul, je me suis trouvé enchaîné dans des rivières d'argent.

J'ai perdu tout espoir dans les nuits solitaires, et comptais les kilomètres pour m'endormir, sans que la souffrance fût ténue. Je pensais alors que le martyre était un sacre.

Libre parmi les ombres et les arbres, ivre de joie, je m'en suis allé seul, retrouver des amis qui buvaient déjà dans des calices que la patine avait rendus plus délicieux que le vin, mais, en arrivant dans des fêtes hirsutes, mes amis m'ont trahi.

J'ai crié, hurlé, mais le soir était comme une prison et alors j'ai haï la nuit. Pour me venger d'elle, j'invitais à sa tombée d'ambitieux imbéciles, prêts à se mettre à genoux pour des miettes.

Je mangeais alors à la table de fantômes oubliés ! Je méprisais des femmes pour leur montrer que leur erreur était de ne pas croire en leur beauté. Puis je les réconfortais en pleurant dans leurs bras ou coulait le sang le plus chaud, l'amour le plus brûlant et le plus tendre. Et ma tristesse a alors éclos en une sourde symphonie, andante, vivace presto, allegro ma non troppo !

J'avais tout donné, dépensé tristement une énergie lancinante, jeté aux yeux des sorcières des poudres soporifiques. Après quoi, les épreuves de mes maîtres me parurent un peu fades à mon goût dépravé.

Trahi par la provocation, j'ai vomi des cendres qui n'avaient pas fini de brûler. Et lorsque tous les feux de la nuit s'étaient éteints, alors que tout s’était tu, j'ai dormi dans la chambre d’un prince. Là, au petit matin, passés les affres de toutes les débauches, j'ai entendu des prêtres exposer leur théologie délicate.

Folie

Au réveil, je poussais alors une porte, et me trouvais dans une petite bibliothèque où régnait une ambiance intime, comme une douce volupté. Il y avait là, me semblait-il, réunis tous les secrets du monde.

Que pouvais-je perdre encore sinon moi-même ?

Je rêvais d'une bibliothèque, ou chaque lecteur, cantonné à sa spécialité, ne pouvait que par un effort immense lever les yeux vers les autres. Pourtant, dans un autre rêve, c'était le grand calme et un luxe arrogant, qui accompagnaient mes lectures. Nous marchions sur des tapis d'Orient et une lumière tamisée comme celle d'un musée nous berçait dans le choix de nos livres, d'une érudition pédantesque.

Il y régnait un bon air et d'éminents professeurs, attirés par nos concentrations studieuses, se penchaient doucement sur nous et nous murmuraient de sages conseils qui coulait dans leur bouche comme le souffle d'une aubaine bénie. Chaque ligne, chaque phrase, chaque mot étaient pour moi comme les ingrédients savoureux d'une recette exquise, ma soif de connaissance me donnait l'assurance de mourir moins idiot et chaque message reçu était pour moi comme un nouveau trésor que nul ne pourrait m'enlever.

Toutefois, je m'étonnais un peu de ce que les livres fussent traités comme des objets de musée, des pièces de collection, comme des tableaux de maîtres. Car ces livres n'avaient rien d'ancien, nul incunable ne s'y trouvait.

Pourtant, chaque fois qu'un lecteur, moi y compris, en prenait un pour voir l'intérêt qu'il pouvait lui porter, le traitait avec beaucoup d'égards. Les première et dernière pages étaient particulièrement prisées et je touchais la couverture comme de la soie de Samarcande. Que je prisse une page au hasard et il me semblait avoir déjà lu celle la précédant. Que je lise la dernière et je croyais connaître tout l’ouvrage. En m’attardant sur l’incipit, un irrésistible désir de connaître la suite s'emparait de moi, et je ne pouvais alors connaître de plus grand plaisir : le temps s'arrêtait ; l'espace s’abandonnait à moi.

Je baignais dans une douce torpeur et, à la fin d'un chapitre, j'avais l'impression que la tête me tournait, comme si l'on m'avait enivré d'un vin capiteux. Je ressentais alors un bonheur inégal et je pensais que nul ne pouvait venir me trouver dans cette cachette tranquille.

Tous les sujets, les plus divers et différents fussent-ils, me paraissaient liés et je comparais au mouvement des astres les lois qui régissaient dans l'Antiquité la vie des cités. Les phrases avaient toutes pour moi un sens caché et dans l'ouvrage le plus rationnel je croyais trouver des vérités occultes que les hommes se transmettaient parmi les générations d'initiés.

Je songeais alors que l'érudition était une forme d'égoïsme gardant pour soi les choses les plus intéressantes. Les ouvrages destinés au grand public me semblaient d'un effet convenable et bon, et j’enviais ces hommes qui, sans simplifier les problèmes les plus complexes, s'attachaient à demeurer le plus clair possible, afin de rassurer leurs lecteurs.

Il me semblait qu'au-delà de toute étude pointue et précise, dans le temps et dans l'espace, se trouvait une multiplicité de sens qui pouvait convenir à chacun, à toute époque et toute situation.

Je laissais de côté les sciences ésotériques car je craignais qu'elles ne troublent mon esprit en me plongeant dans des sommeils aux réveils difficiles.

Pourtant, je comparais volontiers les pays à des femmes qui auraient tout connu, tout en ayant au bout du compte l'impression d'être passées à côté des choses les plus simples et les plus essentielles, comme les petits bonheurs qui font de la vie des damnés une suite de satisfactions dans le malheur. J'avais du mal à prendre de la distance par rapport à ces ouvrages et mon identification à leur égard était telle que, à la fin de chacune de mes lectures, je me croyais une sorte de mosaïques aux mille pierres, lesquelles étaient pour moi autant de vies, des plus humbles aux plus illustres.

Ma tête menaçait alors subitement d’éclater et je pensais avoir perdu la raison. Tous mes gestes, tous mes actes, toutes mes attitudes, tout avait déjà été vécu, certes à des époques et dans des situations différentes, mais l'essence de ces actes demeurait la même que celle qui appartenait maintenant à d'obscurs fantômes, dont les plus grands savants s'efforçaient maintenant de percer les mystères sans jamais y parvenir tout à fait.

Ainsi, j’eus une sorte de dégoût soudain pour l'Histoire et je cherchais une autre dimension capable de libérer ma vie de mes propres desseins. Je voyais bien que les émotions, les passions, les sentiments et les sensations avaient déjà été vécues et que, le progrès technologique mis à part, sans être un perpétuel recommencement, le monde n'en était pas moins comme un ogre qui dévorait chaque jour, chaque année, chaque siècle, le temps écoulé et révolu.

Pris d'un brusque accès de folie en ayant cru entrevoir l'espace d'un instant cette pensée comme une révélation, je me mettais à divaguer de plus belle, et, orgueil de fou, je croyais alors avoir tout connu.

Alors, cependant que venait à mon chevet de sérieux médecins, je n'arrivais plus à me libérer de ces idées cruelles et je pensais avoir été puni d'avoir trop voulu savoir. Je me mettais alors à vomir de la bile sèche qui était pour moi comme autant de phrases et de pages que j'avais ingurgitées trop vite. Les gens venaient me voir et restaient à la porte de peur que ces troubles ne fussent contagieux. Je leur crachais au visage les mots les plus immondes et cela suffisait à les faire décamper, car j'avais dans l'idée que la folie ne se partage pas. Du bon côté des choses, j'avais tout oublié et il ne me restait en mémoire que les peines des hommes.

Je suffoquais et souffrais un martyr moral inédit et insupportable. Je m'endormais au milieu de la nuit après avoir été, par la télévision, dans les contrées les plus lointaines et les plus hostiles. Mon sommeil était lourd et profond et je me réveillais l'après-midi avec les mêmes visions affreuses et tourmentées de la veille. La vie était devenue pour moi comme une succession irréversible de réalités atroces et de sommeils sans rêves. J'agonisais sans espoir et l'idée du salut commençait à me hanter. Je cherchais des explications rationnelles mais ne voyais que des motifs surnaturels, des signes, m'emprisonnant dans un casse-tête intolérable.

C'était un cercle vicieux, sans fin, attirant dans une chute comme une cascade glacée mon corps rebondissant sur les rochers pointus sans toutefois jamais atteindre l'eau. Je voyais toutes les fatalités comme autant d'évidences stupides parce que trop claires et je ressentais peu à peu les humiliations pénibles de ceux qui, pour fous qu'ils soient devenus, n'en sont pas moins vivants.

Le monde s'était en quelques jours réduit à ma seule chambre et, lorsque je voulais voir ce qui se passait au dehors, je jetais un coup d'oeil à la fenêtre mais le spectacle monotone de la vie me poursuivait au-delà de mes pensées, et je m'obstinais alors à me replonger dans mes livres ou j'espérais naïvement trouver quelques secrets qui me permirent d'échapper à la misère qu’était devenue ma vie.

Mais, n'y trouvant qu’études érudites, récits de saints, mystères d'Égypte et de Grèce anciennes, problèmes humains, histoire de la vie dure, histoire des guerres, violence des passions, impossibilité de franchir des barrières invisibles et imaginaires, incommunicabilité, désespéré, je me mettais à maugréer et à vociférer, et, des mots passant aux actes, fou furieux, voulant symboliquement renverser l'ordre des choses, je me mis, dans un accès de folie qui était comme le comble du désespoir, à réduire ma chambre à un vaste champ de bataille, tandis que mon lit devenait une Bérézina où je n'arrivais plus à trouver le repos.

Je pensais ainsi venger les poètes maudits en déclarant nulles les oeuvres de leurs rivaux hypocrites et endurcis. Je me mis alors à prononcer des soliloques qui étaient pour moi comme d'obscures incantations magiques destinées à apaiser mon âme, ainsi que celles de tous les hommes et de tous les fantômes que j'avais dérangés.

À présent, un chaos régnait dans ce que je croyais le monde mais qui n'était qu'une pièce, qu'un infime atome, une particule insignifiante parmi les milliards de molécules de la terre et les milliards de systèmes solaires que comptait l'espace. Alors, le regard fixe, le corps plein d'une mollesse dure, haletant, soufflant, la bouche entrouverte, les narines gonflées, je m'effondrais, comme gravement touché par une insidieuse blessure dans la bataille que je pensais avoir gagnée.

En proie à des souffrances morales que, loin d'apaiser, ce rite n'avait fait qu'amplifier, je me voyais pour la première fois déjà mort et j'attendais le moment où les archanges allaient me traduire devant un sévère jury pour me remettre la clé de mon enfer. J'étouffais. Je remarquais que dans la bataille une écharde m'avait entaillé le doigt et je saignais. Je pensais avoir donc mérité la damnation.

Ma tête se mit à tourner de plus en plus vite, mais l'ivresse se changea vite en la plus vile des nausées. Il me suffisait de fermer les yeux pour voir s'entrechoquer dans l'espace les étoiles et les planètes, à des vitesses folles, selon des mouvements multiples, violents, imprévisibles et incompréhensibles. J'ouvrais alors les yeux pour mettre fin à la torture de la vision de cet univers à la dérive, et j’essayais d'embrasser le peu de vie qui me restait à consommer. Mais, à ma grande surprise, les étoiles poursuivaient ma vision dans la lumière de la pièce ; je commençais d'entendre et de sentir les prémisses d'un tremblement de terre que seul mon pitoyable délire avait imaginé.

Il m'était impossible de m'endormir ou même de m'assoupir et mon excitation était telle que je ne savais si je devais rire ou pleurer de mon sort que je jugeais alors terrible mais surprenant. Peu à peu, les troubles mentaux s'adoucirent d'eux-mêmes comme ils étaient venus et je ressentais alors, soleil après l'orage, d’immenses vertus et d'incomparables douceurs. Je bavais, béat, dans une extase mystique et baroque.

J'étais maintenant immobile sur mon lit devenu brûlant, mais je me voyais en proie à d'irrésistibles mouvements. J avais le même sourire que l'ange de la cathédrale de Reims, et je savais qu'un jour il m'apparaîtrait en rêve pour me réconforter, mais qu'il me ferait peur, me libérant cependant des longs couloirs livides des prisons de verre et métal, où j’hurlais en frappant à tous les carreaux des cellules sans qu'aucun d'eux ne cède, ne se brise, ou même n’émit aucun son, comme si je me trouvais dans un espace où l'apesanteur eût disparue et sans qu'aucun homme n'apparaisse.

Le moindre de mes gestes était pour moi comme les adagios et andante d'une nouvelle et sublime pâmoison, que je vivais seul, après les affres de la bataille.

Mais je savais aussi que cela n'était qu'une brève illusion et qu'il me faudrait bien vite me remettre à affronter ma folie. Les draps avaient la volupté, la sensualité et la mollesse des étoffes les plus précieuses marchandées par Venise en Orient. J'étais alors sur un nuage plus léger que l'air et j'avais chaud.

Renonçant à retrouver les fantômes de ces hommes que j'avais auparavant provoqués pour du vent, je me mis, dans ma torpeur que je croyais méritée, a appeler les sages-femmes, tout en restant cependant lové sur mon lit de fleurs séchées.

La première des incantations des sages-femmes fut de me prédire dans une méchante inspiration la perte irréversible des femmes que j'aimais. J'avais gardé un goût amer de cette entrevue peu ordinaire et cruelle. Pourtant, me mettant à les aimer malgré l'instant, malgré moi, les sages-femmes commencèrent à réconforter mon désarroi par des berceuses antiques.

Je fermais doucement les yeux et j'observais que les planètes et les soleils qui s'entrechoquaient tout à l'heure avaient disparu dans une dimension parallèle et inconnue, laissant l'espace seul et vide, dépourvu de lumière mais phosphorescent quand même, enfin doué de la stabilité d'une mer calme. Soumis à ces douceurs de volupté, je m'endormis soudain par l'effet d'un enchantement sensuel.

Le lendemain, il me fallut brusquement partir vers une ville baroque.

La ville baroque

Voilà bientôt trois mois que je me trouvais dans la ville baroque et tout ce que je pouvais raconter de divertissant c'était de biens tendres sculptures sur la pierre, laquelle se couvrait au soleil de là-bas d’une lumière d'apothéose.

Comment dire ? Voilà que je me trouvais au seuil du soir et que j'entreprenais une promenade dans le centre historique.

J'empruntais un chemin à contresens, puisque je montais. Les motifs qui m'accompagnaient étaient variés et nouveaux et je remarquais chez les gens une attitude toute sereine, une grandeur comme l'amble.

Car que voyais-je ? Quel était ce baroque dont on m’avait tant parlé ? Voyais-je en l’admirant la beauté des femmes du pays, élégantes et secrètes, au sourire délicat lorsqu'elles se tournaient vers leurs maris pour leur lancer un mot ?

Voyais-je qu'il s’accrochait au-dessus de leur tête une sculpture dans l'architecture ? Une architecture sculptée à l'envie, oserais-je seulement dire comme le pâtissier à imaginé sa pièce ?

Enfin, je me tournais et puis levais la tête et là, je ne savais plus à quel saint me vouer. Le christianisme avait imprimé ici des statues qui étaient pour moi autant d'ex votos quand je les regardais.

S'élançaient-elles sur une colonne, couronnaient-elles l’église comme à Saint-Pierre de Rome ?

Ce n'était pas ça. Elles étaient pour moi comme l'ultime détail qui ornait les festons. Les volutes que je voyais, je me disais : « oh ! Mais ne paraissent-elles pas lever le ciel qui agonise ?

Ne se renversent-elles pas parfois, pour se tourner en consoles ? Mais alors ! Ce sont des terrasses qu'elles supportent. Ces volutes, ce sont des gens qu'elles portent. »

Je me disais alors que c'était une sorte de songe de réalité, mais je pensais ne pas avoir rêvé.

Puis, je pressais un peu le pas, et j'esseulais ma marche. Je rencontrais encore quelques personnes qui passaient sous des têtes en pierre et, puisque la lumière du soir noyait leurs visages dans une mer d'ombre, je me disais : c'est une fusion !

À présent, il était temps d'aller se divertir aux fêtes. Je sortais alors de mon émoi et je retrouvais ma trace. Aux façades couraient des rubans, des guirlandes ornées, des chapeaux de triomphe, des courbes, des contre-courbes, concaves, convexes, histoires de pierre bien séante à l'oeil nu.

Je remarquais encore quelque conque antique qui abritait un saint dans sa niche, et puis je voyais une Vierge au coin d'une maison. Mille détails fleurissaient à l'épiderme des palais. La pierre était bien attendrie, à la tombée du soir.

Puis encore une courbe. Je m'arrêtais : ah ! Le baroque ! C'est courbes donnent à l’orbe sa vraie physionomie.

Mais déjà la nuit était tombée comme une feuille et je voulais gagner la fête, boire et manger avec des gens nouveaux qui étaient mes amis de toujours, célébrer l'insouciance dans la lumière éteinte des chandelles qui vacillent. Et voilà qu'en ces rites, je voyais des traces païennes.

Je buvais un vin de pays, comme je me serais pâmé d'un sang neuf. Je fléchissais un peu la tête, je voyais à la fenêtre la lumière d'une église et je remarquais tous les détails, sans les connaître.

La musique m'enivrait et mes veines étaient encore toutes chaudes, je me volais encore une pensée : ces détails multiples, ces motifs qui se déployaient à profusion et qu'on appelle baroques, n'étaient-ils pas des morceaux éclatés de la sagesse antique?

Ces façades chantaient la volubilité, la vélocité de leurs constructeurs, elles faisaient varier ces formes que l'Antiquité portait jadis à l'unisson. Elles avaient multiplié les langages de toujours qui plient et ne cassent pas !

Les courbes des volutes, les façades convexes, les étages complexes. Le voilà le baroque ! C'est un rondo qui étreint la pierre et qui la tord, qui la fait ondoyer, la divisant en morceaux de cercle. Le baroque, c'était l'orbe que je caressais dans l'ample douceur du soir, c'était une transition du classique, puisque je savais que l'harmonie redevenait plate quelque temps après. Même le ciel de la nuit se pliait aux courbes du baroque.

À ce moment-là, ma pensée croisait un regard bien doux. Je souriais un peu. Quelle âme fort agréable. À mon tour je la regardais encore et j'aurais aimé lui dire : le temps s'arrête maintenant ! Ici, au moins, la froideur du néoclassique n'a pas encore lieu d'être. Ce n'est pas là que les épidermes redeviennent comme des torses d’Horaces.

J'aurais voulu le lui dire en m’approchant doucement d'elle et je pensais qu'elle avait déjà compris. Ses yeux, c'était à peine si je les devinais dans la pénombre et d'ailleurs je ne m'y arrêtais plus. Le vin m'enivrait, j'étais heureux.

Elle venait de partir, de quitter la fête, et je pensais alors à l'ange de pierre que j'avais vu lors de ma promenade. Elle s'en était allée comme étaient venues les étoiles. Son sourire scintillait encore dans ma tête lorsque je quittais à mon tour la fête, lorsque ma seule musique redevenait le rythme de mes pas. Alors je chantais et sifflotais en marchant. La reverrai-je jamais ?

Non, non, je pensais que non. Sa présence n’avait-elle pas été comme un rêve plein de douceur que je ne pourrais refaire ? Et puis, je me disais que l’aimer tenait de la plus haute spiritualité, car en fin de compte, je n’aurais pu l’aimer que dans l'éternité.

Admirais-je encore en moi sa taille élégante, que je me demandais enfin : quel ange, diable, était-ce ? Et quel bonheur n'est éphémère ?

Ce n'était pas la béatitude toute sainte que j’aurais voulu voir porter à l'éternité, mais une sorte de volupté sous contrôle ; je me remettais à chanter dans ma langue. Je songeais alors à l’heure tardive, en pensant que dorment aussi les statues.

Je me rappelais mes mots de tout à l'heure : ces personnages de pierre ne sont-ils là que pour décorer les rubans, les festons, les volutes, des guirlandes, les détails, ou bien est-ce l'inverse ?

À présent, je ne me souciais guère plus de la sagesse antique. Il me semblait même que je m'étais « baroquisé ». L'autorité de mes maîtres, je m'en faisais fi, je ne vivais plus que pour la fête, je faisais du soir un domaine, de la nuit un passage vers la nuit.

J’osais à peine, en moi-même, évoquer ma propre nonchalance, tout ce qu'on m’avait dit qui était droit et que je déviais par une débilité qui ne tenait pas de l'ignorance. Oui, les vacances perpétuelles, je le pensais, étaient débilité !

Mon pas était le même que celui du début de ma marche, je n'avais pas voulu changer mon rythme, qui était d'une ampleur mesurée. Je me dis alors qu'il était bien plus agréable de ne pas le presser ; devrais-je dormir peu, très peu, comme le voulaient mes maîtres, ou bien faire une débauche de sommeil ?

En moi-même, je cherchais la juste mesure, le bon compromis. En marche, j'aurais voulu être un saint, ou bien un débauché, mais en fait n’étais-je pas un peu les deux à la fois ? Je réalisais alors que j'avais fait mienne cette ambivalence, cet oxymore : un saint débauché !

Sans le savoir, je me posais enfin en sujet dont l'objet était un couple, une paire de contraires.

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Le bien et le mal

Publié le 20 Mai 2013 par Le blog poétique de Lazare

Astarté s’endort près d’une étoile

A l’Orient

Azazel danse au creux d’une marmite

Incunables et belles curiosités

Et puis je vis-encore et encore

Toujours vers l’Orient

Où les poètes se plaisent tant

A chercher leurs destinées

Mon destin fut un voyage mirifique

La pourpre des rois du temps jadis

Et les merveilles de l’Orient.

Koré drapées

Toiles en aplat

L’art de toujours

De l’homme de bien

Qui rêve encore

Ce que le méchant fait en réalité.

Réalité, médiocrité ?

Rêves étincelants.

Tableaux de maîtres

Très linéaires

L’art des gothiques

Pour Jean le Bon.

Tours de valets

La misère des poètes et des fous

N’est rien

A côté de leurs beaux voyages.

La drogue est toujours bien fade

A côté de la lucidité brûlante

Blessure profonde,

Si proche du soleil,

Si proche.

Puisque le moi est illusion…

Les durs plaisirs du cœur ardent,

S’amoncellent, étincelants.

Où en est le mythe de la caverne ?

Nous semblons tous dans la lumière

Mais cela nous est insupportable

Vieille blessure d’autrefois

Sommes-nous tous des Icare ?

Toujours plus près du soleil

Et de la lucidité

Cette lumière nous aveuglant

La haine est son miroir

La bonté son ancienne patrie

Voici un skyphos que je rends à l’Orient

L’Occident pare toujours au plus pressé

Le voici débile !

Le temps est précieux-et il presse

Les rêveries nous le rappellent

Voilà : je tends la coupe du pardon à un imbécile.

Il me répond qu’il ne me pardonnera pas !

Pourtant, je ne lui ai pas demandé de me pardonner

Simplement s’il avait de l’eau,

Pour ma coupe et pour mon puits.

Qui n’a plus d’eau.

Et mon outre est percée et je suis pressé d’en finir avec le temps.

Chronos dévore mon agenda et me rappelle

Que le Mal est atemporel et universel.

Le Bien : unique geste qui se renouvelle,

Quelquefois.

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Méditerranées

Publié le 20 Mai 2013 par Le blog poétique de Lazare

Les cris de mes tourments

Me revenaient à peine

Quand semblaient s’y mirer

Des méditerranées

Comme le marc du café.

Ma fuite était un luxe où s’argentaient des cimes

Où le cri de mes gens

M’était insupportable.

Seule la voix de ma force devenait si débile,

Et seuls tes doux sourires me charmaient en silence.

Boulimie de désirs qu’engendrent nos naissances

Des jardins, des forêts, en couleurs cristallines,

Les bruits se faisaient sourds,

Revenant au galop,

Puis gourds, irréguliers, verdoyants,

Sans une âme.

Puis beaucoup plus langoureux

Et si tristes quand même.

Puis plus secs encore,

De l’or toujours, sur tes toisons de bois

Et les feuilles et les pampres s’agitaient à mi-voix

Tandis que s’ébouriffait ma peine.

De vagues souvenirs clapotaient dans ma tête

Et des plaisirs exquis se glissaient dans les sentes

D’un été qui n’avait de fraîcheur

Que des nuits cachées au fond d’un noir miroir.

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Un râteau

Publié le 20 Mai 2013 par Le blog poétique de Lazare

Un râteau

Le jour s'éteint

Fleur de satin,

Le jour s’éteint

Tu me retiens,

Et moi, badin,

Je m’en moque bien

Adieu soleil,

Jusqu’à demain

Que vive la lune

Jusqu’au matin.

Le jour s’éteint

Je n’y peux rien

Dans tes yeux noirs

Je vois les miens

Bleus comme le ciel

De ce matin

Bleus comme la nuit

Qui vient, qui vient.

A petits pas,

Tout doucement,

La nuit arrive,

Je me sens bien

Dans la pénombre

Tu sembles Etrusque,

Femme de pierre

Qui se plaît bien

Dans cette blancheur sombre

Du ciel d’été qui tombe,

D’été indien.

Le jour s’éteint,

C’est merveilleux,

Dormir un peu

Le jour s’éloigne,

Rêves de boiteux

D’or et d’azur

Rêves de moine,

Ou d’esclave

Rêve qui susurre :

Hors l’oblation

Point de salut !

La foire d’empoigne

S’en est allée

Où ? Vers l’Orient !

Et tu m’emmènes

Jusqu’au matin,

Ma femme à poigne.

Le jour s’éteint

Mille lueurs

Mille senteurs

De vin d’Italie

Feu d’artifice

Rose, orangé,

Bleu ciel et blanc,

Pyrotechnie,

Dans les délices du soir tombant.

Tombe la nuit

Dans tes yeux noirs

Mon âme est triste

Et dans tes yeux,

Mon impérieuse,

La si paisible douceur d’un soir.

En ta présence,

Fleur de satin,

Sont des saveurs

Dans les jardins

Où les roses dansent

Sur un manège.

Roses rouges et blanches

Et orangées,

Dansent toujours

La farandole,

De tes cheveux lâchés

De ton souffle si court,

Lorsqu’après moi tu coures

Pour me cueillir

Tel un lilas

Pour me mentir

Encore une fois.

Et tralalère

Pauvre trouvère

Et tralala

Comme autrefois.

Et je devine

Que ma couronne

Est toute de pampres

C’est fantastique

Mais pas de bol !

Polichinelle

Roule sa bosse

Le Gilles s’endort

Près de Watteau

Tout doucement !

Me voilà embarqué pour Cythère

Avec ma guitare

Et mon râteau,

Il est déjà si tard !

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Les Caprices du Temps

Publié le 25 Avril 2013 par Le blog poétique de Lazare

Les citadelles sont des sommeils

Où l’on rêve de merveilles,

L’amour de notre temps,

Se mire dans un printemps.

D’après les chats,

Et dans les songes,

Les vrais amants sont endormis.

Au cœur du soir,

Les forêts sont bleutées,

Telles des arbres orgueilleux.

Des simagrées

Je n’ai que faire

Et du reste, d’ailleurs,

Non plus.

Une fois, j’ai cru,

Du moins, mon âme,

Au bonheur éternel,

Anodin.

Mais, la bouche de l’autre

Etant exsangue,

Je ne parle plus avec ma langue.

Parfois je pleure,

Ô chagrins éperdus !

Je perds, beaucoup

Trop peut-être.

C’est suffisant.

Je rie aussi et j’en profite :

Les verts plateaux,

Les jungles anciennes,

La poésie fatale et inutile.

Mais bon ! Tant pis :

J’ai aimé et j’aime aimer encore.

Car dans tes yeux

Je vois, ma belle,

Les doux sévices d’un cœur ardent.

Je joue parfois

A la marelle

Ô les pavés étincelants.

J’attends de toi

Mille merveilles :

Puis nous mourrons, fatalement.

Car dans cette vie

Parfois cruelle

Parfois si belle,

Seules nos amours triompheront.

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